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Perdre sa vie à la gagner ?

Marx avait décrit deux façons d’augmenter la plus-value : par la baisse des salaires et par l’augmentation du temps de travail.
De nos jours, il n’est évidemment pas facile de faire baisser les salaires dans notre pays. La mensualisation représente d’ailleurs une certaine protection et la dégradation du rapport de force employeurs/salariés n’est quand même pas au point où un patron peut brutalement proposer de baisser le salaire mensuel.

Ce n’est pas que le patronat n’en rêve pas, le Medef et la CGPME proposent assez régulièrement la suppression de la fixation du SMIC par la loi, ce qui permettrait des salaires différenciés par branche ou zones d’emploi. Mais pour le moment les gouvernements UMP n’ont pas osé franchir ce pas.

C’est donc la deuxième méthode qui est utilisée : augmenter le temps de travail. Et il faut bien reconnaître que le premier pas en cette direction a été la perte de la bataille idéologique sur « en France, on ne travaille pas assez ». Toutes les décennies de bagarre sur la réduction du temps de travail sont maintenant réduites à néant y compris en bonne partie dans la tête des gens. Depuis la campagne électorale des présidentielles, la droite nous a bassinés avec le « travailler plus pour gagner plus ». L’ordre des termes de cette phrase n’est pas neutre. Imaginez l’inverse « pour gagner plus, travailler plus », la victoire idéologique de la droite n’aurait pas été aussi facile, car le premier réflexe pour gagner plus c’est de demander une hausse de salaire. « Travailler plus » renvoie au bourrage de crâne sur le manque de travail des Français. Cela a des vieux relents des revanchards de 36. Il est d’ailleurs une expression de la dernière interview de Sarkozy à la télévision qui n’a pas été commentée : il a parlé de réhabilitation par le travail. Le travail considéré comme une peine ? à moins que ce soit le côté catho de Sarko qui ressorte : le travail comme rédemption ?

La hausse du nombre d’heures supplémentaires (loi sur le paquet fiscal), la renonciation aux journées de RTT (loi sur le pouvoir d’achat), la durée du travail transférée de la partie santé à la partie salaire dans le code du travail, tout cela a une cohérence. Augmenter le temps de travail en refusant l’augmentation des salaires. De même il faudra être plus longtemps (41 ans) à la disposition des entreprises pour espérer sa retraite. Mais ces dernières n’ont aucune obligation en terme d’emploi des salariés âgés. Aujourd’hui seuls 59% des salariés arrivent à liquider leur retraite à taux plein avant 65 ans. Et avec l’arrivée à la retraite des générations ayant connu le chômage en début de carrière ce sera encore pire. Encore le travailler plus, sous la forme plus longtemps pour une retraite au rabais et dont beaucoup profiteront moins longtemps puisqu’ils y arriveront épuisés (l’écart de durée de vie entre ouvriers et cadres est déjà actuellement de 7 ans).

Parallèlement le retour de l’inflation sur les produits alimentaires et sur l’énergie grignote les revenus. Et évidemment ce sont ceux qui ont des petits revenus qui en souffrent le plus. Pauvre au travail, pauvre en retraite. Quel progrès !

D’où la baisse de cote de popularité de Sarkozy. Mais il n’en a cure. S’il a momentanément reculé sur la carte famille nombreuse SNCF, il continue sur d’autres dossiers à s’en prendre à tout ce qui a construit un bloc de solidarité depuis des décennies. Et avec ces dernières mesures, il en est à faire payer les améliorations de niveau de vie des couches moyennes par la dégradation des revenus des couches populaires. Ainsi la réforme des allocations familiales vise à dégager des fonds pour augmenter la prise en charge de la garde à domicile des tous petits. Or ce type de mode de garde, compte tenu de son coût n’est accessible qu’à ceux qui ont déjà des revenus confortables. Le financement du RSA s’élève au minimum à 3 milliards d’euros. Où trouver l’argent ? en supprimant la prime pour l’emploi pour celles et ceux qui gagnent 1,4 SMIC, comme si à ce niveau de salaire on était des nantis. Ce n’est pas ainsi que les effets pervers des bas salaires et de la précarité seront supprimées, mais Martin Hirsch ne quittera pas le gouvernement et Sarkozy pourra ainsi continuer à vanter sa politique d’ouverture. Au passage, il aura réduit la prime pour l’emploi et si le RSA ne se développe pas comme prévu, ce sera toujours autant d’économies réalisées. De même qu’avec les franchises, les malades paient pour les malades, maintenant les familles paient pour les familles et la pauvres paient pour les plus pauvres. Dans les trois cas ce sont les moins fortunés qui se font avoir. Mais pour les plus fortunés pas de problème, la solidarité à leur égard est le fait de tous les Français : le bouclier fiscal qui leur permet de toucher des remboursements d’impôts c’est tout le monde qui le finance, la baisse de l’ISF, l’exonération de quasi toutes les successions (95%) et des donations qui concernent assez peu les salariés au SMIC, les intérêts d’emprunts déduits des impôts ne concernant que ceux qui empruntent de grosses sommes etc …idem.

C’est la solidarité version Sarkozy : les pauvres doivent être solidaires des pauvres et tout le monde doit être solidaire des riches.

Martine Billard
 

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