Accueil
Fondamentaux
Contributions
Organisation
Lettres
Notes de lecture
ecologie solidaire
 
 
Contributions
 
La politique des leurres

Ces dernières semaines, la presse s’est faite l’écho d’un appel à une candidature tricéphale « Cohn-Bendit-Hulot-Bové » pour les prochaines élections européennes. Portée par bon nombre de responsables Verts, cette proposition pourrait sembler, au premier abord, séduisante. Qui n’a pas rêvé, un court instant, de l’union « sacrée » de tous les écologistes, le leader de 68 flanqué de deux nouveaux acolytes – Hulot le charismatique présentateur TV , Bové l’ancien et non moins charismatique porte parole de la Confédération Paysanne ? Pro européen et pro TCE, altermondialiste, anti TCE, écologiste, fédéraliste… tout ce joli monde vibrionnant à la recherche de sa boussole.

Disons-le franchement, cette initiative n’a aucun sens politique ! Gageons qu’elle accouchera de débats sibyllins, de rencontres informelles entre les heureux pétitionnaires, de conditions incompatibles et du capharnaüm « politico-médiatique » auquel nous ont habitué les dernières échéances électorales.

Certes chacun s’accorde à reconnaître que les traditionnels clivages politiques doivent être surmontés et qu’il est devenu urgent de déplacer les lignes. Mais déplacer vers quoi ? Et à partir de quel corps d’analyses ? Comme s’il s’agissait, en politique comme au cinéma, de proposer le temps d’une production, un casting séduisant et d’additionner des notoriétés.

Appel récurrent, d’ailleurs, que celui de Verts en mal de leadership et de visibilité médiatique, ressortant à chaque échéance électorale importante, le joker « Cohn-Bendit ». Or depuis les dernières élections présidentielles, deux figures sont venues grossir les rangs des candidats potentiels. Difficile dans ces conditions de choisir… d’où cette proposition baroque du leader à trois têtes ! Les peuples de l’Antiquité appelaient cela des monstres ; il faudrait appeler cela, quand la politique devient l’art de produire des artifices destinés à tromper : la politique des leurres.

Car quoi de plus dissemblables dans leurs positions politiques sur l’Europe que celles de nos trois « séduisants » compères (nous serions d’ailleurs bien en peine pour connaître les positions de Hulot sur l’Europe) ? Le seul mot « d’écologie » ne saurait suffire à créer cette cohérence programmatique dont notre époque à tant besoin. Or plus la communication et la confusion l’emporteront sur la clarté du débat, plus la tentation de poser des leurres sera grande, plus grandira notre appétit de distinguer et de construire de nouveaux agencements qui ne soient pas que feux de paille.

Alain Coulombel
 

Réalisé avec Spip