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Des images et des bombes : société du spectacle et néolibéralisme militaire

Du collectif Retort vient de paraître, dans sa traduction française, Des Images et des bombes, un essai proposant une lecture de la conjoncture politique actuelle à travers le prisme de trois questions :
- Les évènements du 11 septembre 2001 nous font-ils basculer dans une ère nouvelle ?
- Les modalités selon lesquelles, après le 11 septembre, le pouvoir américain a cherché à réaffirmer sa suprématie militaire, représentent-elles une régression historique ?
- Enfin, « les concepts de société du spectacle et de colonisation de la vie quotidienne sont-ils susceptibles de nous aider à saisir la logique de l’époque contemporaine ? »

Partant des analyses de G. Debord, les auteurs considèrent que l’Etat dans sa forme actuelle a besoin d’une citoyenneté faible et d’un espace public aseptisé, bombardé à chaque instant, d’images-chocs, d’instructions, de slogans ou de fausses promesses façonnant la subjectivité de chacun. A partir de ce constat, comment interpréter l’image-événement du 11 septembre 2001 ? Précisément comme une image, ne fournissant aucune explication, ne formulant aucun programme, mais jouant de la logique du spectacle jusqu’à cette conclusion éminemment mortifère : l’effondrement des Twin Towers conçu par les terroristes « pour que nous restions enfermés chez nous, pour que nous ne puissions plus détourner nos yeux d’un capitalisme en train de hurler et d’exploser… ». Si sur le plan de l’image, nos Etats sont devenus beaucoup plus vulnérables, le contrôle des apparences est devenu un enjeu tout aussi capital que la pure et simple domination matérielle. Comment l’Etat spectaculaire pouvait-il répondre à la défaite du 11 Septembre ? Ce fut l’Afghanistan puis l’Irak… Du sang contre du pétrole, thèse censée expliquer la guerre en Mésopotamie, la mainmise sur le pétrole irakien permettant aux Etats-Unis de s’émanciper du pétrole saoudien ? Or pour les auteurs, là encore, cette thèse ne tient pas. En vérité l’aventure irakienne représente moins une guerre pour le pétrole que l’avènement d’un néolibéralisme militaire, c’est-à-dire rien d’autre, finalement, que l’accumulation primitive déguisée. Soit l’usage par le système capitaliste, de la force, de la dépossession, de l’expropriation violente (on pense aux images des maisons à vendre de ces foyers d’américains modestes emportés par la vague des subprimes), ici et là, vers des zones géographiques excentrées mais aussi vers l’intérieur, vers les « tréfonds du tissu social, à la recherche de ressources à arracher au commun ».

L’originalité de cet essai tient dans le titre de son chapitre conclusif : Modernité et Terreur. L’image et les bombes. La société du spectacle et le néolibéralisme guerrier. Le consumérisme et le développement d’un capitalisme spectral se nourrissant de vol de pétrole, du blanchiment d’argent, de drogue ou de prostitution… Face à cette situation, la tâche de la gauche devrait être de proposer « une critique du moderne qui ne soit ni dans le rejet, ni dans l’orthodoxie, ni dans la nostalgie, ni dans l’apocalypse ». Comprendre qu’à travers le consumérisme, le capitalisme est devenu un mode de vie, une vision de la vie désirable, une nouvelle forme de totémisme (dans le sens où il permet d’investir d’un pouvoir magique la manipulation des objets). Et que c’est dans ce cadre que la gauche doit apprendre à se réinventer…

Alain Coulombel
Retort, Des Images et des bombes, Ed. Les Prairies Ordinaires.
Retort (Riposte) est un collectif d’universitaires américains basé dans la baie de San Francisco.
 

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