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Le nouveau consensus de Washington
Sans surprise, le sommet du G20 à Washington qui devait jeter les bases d’un nouveau Bretton Woods, a accouché d’une souris. Ce résultat était prévisible tant il aurait fallu s’attaquer, non seulement à la suprématie des Etats-Unis sur le système financier international mais aux fondamentaux du capitalisme financiarisé : la libre circulation des capitaux, la titrisation, l’existence des paradis fiscaux, l’innovation financière ou les marchés de gré à gré…Or à l’issue de la réunion, la déclaration du sommet sur les marchés financiers et l’ économie mondiale [1] réaffirme sa foi inébranlable dans les principes du libéralisme. Ainsi est réaffirmé l’engagement en faveur d’une économie mondiale ouverte, fondée sur le libre marché, le respect de la propriété privée, l’ouverture des échanges et des investissements, « la concurrence entre les marchés et des systèmes financiers efficaces et régulés de manière adéquate ». Si les insuffisances en matière de régulation sont évoquées pour expliquer les « graves perturbations des marchés » (bel euphémisme quand ces perturbations se traduisent dès aujourd’hui par des centaines de milliers d’emplois supprimées, des pensions de retraite évanouies, du chômage partiel, des faillites, des expropriations…), c’est aussitôt pour prévenir des dangers d’une régulation excessive « qui entraverait la croissance et exacerberait la réduction des flux financiers ».

Le plan d’action préconisé s’articule autour de cinq principes « inodores » : renforcer la transparence des marchés financiers (en particulier sur les produits financiers complexes) et la responsabilité, favoriser une régulation saine qui n’étouffe pas « l’innovation et encourage le développement des échanges de produits et services financiers », promouvoir l’intégrité des marchés financiers, renforcer la coopération internationale et enfin réformer les institutions financières internationales. Sans entrer dans le détail des préconisations à court et moyen termes, l’ensemble des actions marque un léger infléchissement du discours tenu par les responsables politiques mondiaux (on reconnaît la place des économies émergentes, la faiblesse des normes comptables internationales ou encore les manipulations illégales du marché…) mais rien qui ne s’attaque aux causes profondes de la crise globale actuelle : soit les mécanismes fondamentaux de la finance libéralisée ou le capitalisme financiarisé. Il faut lire, à cet égard, le dernier essai de F. Lordon [2] sur la crise des marchés financiers. Après avoir expliqué le fonctionnement de l’industrie financière, disséqué des produits aussi sophistiqués que les ABS ou les CDO, l’auteur énonce quelques propositions sans concessions pour en finir avec les crises financières : revoir les formules de rémunération des traders, limiter drastiquement la part titrisable des portefeuilles de crédit (mécanisme à l’origine de la crise des subprimes), nationaliser les entreprises de bourse ou encore interdire « toute transaction entre les opérateurs financiers de la zone européenne régulée et les entités des places offshore ». Selon F. Lordon, la crise actuelle marque une crise structurelle du régime d’accumulation étasunien et pourrait signifier son délabrement général. Peu probable, dans ces conditions, que la moralisation du capitalisme (cet oxymore), dont on nous rebat les oreilles à coup de « green deal » ou de charte de bonnes conduites, ait quelque effet sinon placebo.

Alain Coulombel

[1] Cette déclaration est disponible sur le site de la présidence de la République.

[2] Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir.

 

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