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Les grands travaux : la mauvaise réponse franco-française à un phénomène planétaire inéluctable
Simple erreur d’appréciation ou volonté de faire profiter les amis tant qu’il est encore temps ?
La crise qui frappe actuellement l’ensemble de la planète ne ressemble à rien de ce que nous avions connu jusqu’ici. Ni en étendue, car tous les continents sont touchés, ni en densité tant les aspects sont multiples : finance, économie, énergie, environnement, démocratie... c’est une crise sociétale au niveau de l’humanité.
Quant à la durée de cette crise, bien malin qui pourrait la prévoir ! On peut penser que le paroxysme sera court (un à trois ans ?), en ce qui concerne les crises financières et économiques : le capitalisme nous a habitué à surmonter ses contradictions par des pirouettes dont les résultats sont au final toujours les mêmes : les possédants sont moins nombreux mais possèdent encore plus, et les démunis sont encore plus pauvres et plus nombreux. Par contre, en ce qui concerne l’énergie et l’environnement, la notion de durée n’a plus cours : des paliers ont été franchis sur lesquels on ne reviendra pas. Nous savons que nous abordons la dernière partie de l’ère du pétrole à bon marché, comme nous savons que nous avons définitivement déréglé les équilibres climatiques.

Face à une problématique de cette envergure, et dont l’enjeu n’est rien de moins que l’avenir de la planète et de ses habitants, il est nécessaire de faire un diagnostic complet de la situation avant d’envisager d’éventuels remèdes.
C’est ce que n’a pas souhaité faire le gouvernement français. Au contraire, il a profité de l’aubaine pour écarter d’un revers de la main les maigres avancées du Grenelle de l’environnement, les rapports du GIEC, les analyses politiques et géopolitiques des organismes internationaux. Au nom de l’urgence face à la crise, le président Sarkozy réinvente le plan Marshall.
En réduisant – dans le discours - la crise planétaire à un simple problème momentané de croissance économique, il s’autorise à faire aux principaux pollueurs sociaux et environnementaux des cadeaux extraordinaires... Pour les industriels du BTP : des autoroutes, des voies ferrées à grande vitesse, des centrales nucléaires. Pour l’industrie de la défense, des sous-marins nucléaires et des satellites. Pour les constructeurs d’automobiles, des prêts faramineux. Sans oublier de l’argent pour les banques !

Des routes, des armes et des bagnoles... il ne manque plus qu’une bonne guerre et on se retrouve avec un programme économique millésimé 1930 !
Nous en savons pourtant assez aujourd’hui sur la crise pour pouvoir mettre en place des réponses efficaces. Ces réponses tiennent en trois principes interdépendants : redistribution des richesses, faible impact écologique, localisation des activités.
La redistribution des richesses pour casser cette « logique » qui veut que les quelques centaines de personnes les plus riches de la planète possèdent autant que le milliard le plus pauvre. Cette redistribution aura comme impact immédiat la diminution du temps de travail, et pas réaction en chaîne la croissance de la santé, de l’éducation, de la culture...
La localisation des activités n’a pas pour seul but, même s’il est essentiel, de lutter contre les émissions de gaz à effets de serre. Elle a aussi un rôle social, culturel, économique et démocratique. Localiser les emplois (agriculture de proximité, énergies renouvelables, services publics, santé, culture) c’est rendre au territoire et à ceux qui le peuplent un rôle de citoyens acteurs de leur vie et responsables face à leur environnement. Et ça n’en fait plus des victimes sans ressources à la première tempête, inondation ou crise économique venue, toutes catastrophes auxquelles nous devons pourtant nous habituer.
La recherche du plus faible impact écologique pour guider nos activités, c’est la notion d’empreinte écologique. Avec son corollaire le principe de précaution, elle permettra de ralentir le dérèglement climatique, d’enrayer la production de déchets, de lutter contre les maladies liées à la pollution, de sauver ce que l’on peut des ressources en eau, en faune et en flore de la planète.
Mettre ceci en place coûterait plutôt moins cher que la politique des grands travaux, et les effets en seraient rapidement visibles. alors pourquoi nos dirigeants ne le font-ils pas ? Par manque d’information ?
En fait, tout porte à croire qu’une démarche de solidarité et de partage des richesses ne les intéresse pas. L’urgence pour le président Sarkozy semble être de racler tous les fonds encore disponibles pour en faire cadeaux à ses « amis » de la finance et de l’industrie, dont l’intérêt de la collectivité semble être le dernier des soucis.
Cela ne changera rien à l’affaire : il faudra bien, à un moment ou à un autre, passer à un autre mode de société. Mais nous aurons perdu beaucoup de temps, dilapidé beaucoup de moyens, et la situation sera plus difficile à maîtriser.

Il nous faudra peut-être attendre 2030 pour sortir de la politique de 1930 !

Xavier Lhomme
 

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