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Forum Social Mondial de Belém :
"Um outro mundo é possivel"
Le neuvième Forum Social Mondial s’est achevé début février à Belém (Brésil), métropole de 1,5 million d’habitants, capitale du Pará, aux portes de l’Amazonie.

L’Amazonie
La première journée du Forum, mercredi 28 janvier est consacrée à l’Amazonie et à ses peuples. L’Amazonie, concentre les dégâts les plus graves de la crise écologique avec ses conséquences désastreuses sur le climat : coupes forestières (illégales pour l’essentiel), pâturages, culture du soja pour l’exportation et la production d’agrocarburants mais aussi exploitation sauvage de minerais, multiplication de barrages hydroélectriques... La forêt amazonienne a perdu près de 20% de sa superficie ! Les terres sont accaparées par de grands propriétaires privés ou des multinationales qui ne reculent devant aucun moyen. Les peuples de l’Amazonie résistent à la spoliation de leurs terres, à la confiscation de leurs connaissances et du patrimoine génétique de la forêt par les multinationales...
Cette journée a marqué la volonté des organisateurs de voir les questions écologiques prises en compte. Cela fut certes réussi mais trop souvent, au-delà des questions de principe ces questions sont restées cantonnées à des séminaires spécialisés.

Enjeux brésiliens
L’importante présence des Brésiliens (plus de 85% des participants) et la répartition des thèmes ont pu parfois donner l’impression que se côtoyaient deux forums : un forum brésilien et un forum international .
Dans l’après-midi du vendredi 30 janvier, Hugo Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Équateur) et Fernando Lugo (Paraguay) ont tenu une première réunion (à l’extérieur du forum), à l’invitation de mouvements sociaux dont Via Campesina, le Mouvement brésilien des Sans Terre, les mouvements de femmes. La non-invitation à Lula est significative des débats politiques qui traversent la société brésilienne.
A l’invitation de Lula un meeting a ensuite regroupé les 5 chefs d’Etat. Leur présence à Belém (et non à Davos) est significative de l’importance des Forums et de l’évolution de l’Amérique latine.

La société civile
Se retrouvent sur le forum une multitude d’associations qui se présentent comme faisant partie de la société civile, qu’elles se définissent comme force de contestation, de proposition, de coopération, de solidarité ou bien simplement qu’elles veuillent profiter de cette tribune. Elles apprennent à faire converger leurs objectifs, qu’elles soient altermondialistes (le CADTM, ATTAC, le CCFD...), caritatives (le Secours catholique...), féministes, pacifistes, environnementalistes, d’amitié entre les peuples...
Les syndicats brésiliens sont là et aussi des représentants des syndicats des autres pays d’Amérique latine et des confédérations européennes comme la CGT et la CFDT françaises.
L’engagement des Églises ne se dément pas. L’ouverture intellectuelle et sociale de l’Eglise catholique brésilienne est réelle. Mais cela ne peut faire oublier le poids de plus en plus lourd des mouvements évangéliques nord-américains tant sur le forum et dans la société brésilienne.
La place des partis politiques est ambiguë : ils ne peuvent faire partie des organisateurs. Les enjeux politiques sont ailleurs, notamment dans le positionnement des acteurs politiques locaux par rapport au Forum ou le poids de la crise actuelle dans les réflexions et les décisions du Forum.

Crise financière, justice climatique, biens publics...
Pas moins de 21 déclarations de réseaux ont été élaborées. Beaucoup font explicitement référence à la crise actuelle considérée comme systémique et globale (climatique, alimentaire, énergétique, sociale…). Le lien fondamental entre crise sociale et crise écologique est fait mais la crise écologique a été trop souvent réduite à la grave crise climatique.
Le texte sur la crise financière appelle de ses vœux une nouvelle vision du monde et la mise en place d’un nouveau système démocratique. Cela passe-t-il par la sortie du « système de production capitaliste » ou par de nouveaux modes de régulation ? Il ne se prononce pas !
Le capitalisme néo-libéral pille sans vergogne les ressources de notre planète, détruit les éco-systèmes et les modes de vie, et jusqu’aux conditions même de la vie sur notre planète. Le texte du réseau « Climate Justice Now » souligne le lien entre justice climatique et sociale, le refus des peuples de payer les conséquences de la crise climatique et des fausses solutions libérales.
Les séminaires sur les « biens publics mondiaux » ré-affirment le droit inaliénable et imprescriptible pour tous d’accès aux biens communs (eau, air, ressources diverses naturelles) et aux biens publics (éducation, santé, monnaie...). L’idée avance d’une Déclaration Universelle du Bien Commun, centrée sur des droits collectifs.
De nombreux autres textes méritent autant d’attention... sur la situation des femmes, celle des peuples indigènes, sur l’eau, les mouvements sociaux, les migrations, contre la guerre, etc.

Mobilisations
A l’issue du Forum une vingtaine de journées de mobilisations ont été annoncées, dont celles contre le G20 le 28 mars à Londres, contre la guerre et la crise le 30 mars, contre l’OTAN le 4 avril..., une journée de solidarité avec le peuple palestinien le 30 mars...

Un autre monde est possible... et nécessaire.
Le succès du FSM de Belém ne se mesure pas seulement au nombre de participants. Il augure bien de l’avenir du « mouvement de la société civile qui s’oppose au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme » (article 1 de la Charte de Porto Alegre). Les convergences, la structuration de la société civile et sa capacité à peser s’en trouvent confortées.
Face au forum des élites économiques de Davos, le FSM est l’occasion pour le mouvement altermondialiste de construire les convergences des mouvements citoyens, dans toute leur diversité intellectuelle, culturelle, géographique. Il vit aussi des tensions qui le traversent : de nombreuses déclarations finales qui témoignent d’une dynamique de radicalisation des luttes face à la radicalisation du capitalisme cohabitent avec d’autres plus soucieuses de « tempérer » les dégâts et les contradictions de la mondialisation néo-libérale et de rechercher de nouveaux modes de régulations.
Les Forums restent un cadre dans lequel critiques et alternatives sont discutées et énoncées, cadre de confrontation des progressistes qui luttent pour un monde qui soit socialement solidaire et écologiquement soutenable.

Augustin Grosdoy
 

Réalisé avec Spip