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La crise : pourquoi en est-on arrivé là ?
Parmi les nombreux ouvrages sur la crise, publiés ces dernières semaines, le dernier essai de M.Aglietta [1] permet de décrypter une partie des mécanismes en jeu et propose quelques solutions de court et de moyen termes. Organisé autour de 11 questions abordant dans un langage accessible les origines de la crise financière, ses caractéristiques et ses retombées sur l’activité économique, l’ouvrage se termine par 3 questions essentielles : Faut-il mettre en place de nouvelles régulations ? Quelle gouvernance demain pour les banques ? Quelle est la bonne réponse économique ?

Concernant la première question, M.Aglietta ne croit pas à des mécanismes permettant de supprimer les crises financières qui sont, selon lui, inhérentes au fonctionnement du système capitaliste. « Il est important, en revanche, nous dit-il, de mettre en place les régulations qui permettront d’amortir ces convulsions cycliques ». A cet effet, l’action des pouvoirs publics doit se tourner prioritairement vers les banques pour les contraindre à augmenter leurs provisions en fonction même de la croissance du crédit. Quand la crise financière s’origine dans un développement inconsidéré de l’endettement (facilité, entre autre, par l’explosion des produits dérivés appliqués au crédit et une mauvaise évaluation des risques), seules des règles internationales obligeant les banques à « constituer du capital en face de tout type de crédit » pourraient permettre le retour de la stabilité financière.

A ces nouvelles règles devrait s’ajouter, pour plus d’efficacité, une redéfinition de la gouvernance des banques passant, non seulement, par une remise à plat des systèmes de rémunération des traders mais par la révision de la structure des pouvoirs dans les établissements bancaires (en séparant, par exemple, la présidence du CA et la direction opérationnelle).

Enfin sur la dernière question, l’auteur pointe le risque d’un décrochement de l’activité qui conduirait nos économies de la récession vers la dépression [2]. Pour éviter ce glissement catastrophique, les pouvoirs publics doivent agir de manière coordonnée en poussant les banques centrales à réduire leur taux (le mouvement est enclenché aussi bien aux EU qu’en Europe) tout en augmentant leurs dépenses budgétaires (quant la dette privée devient atone parce que les ménages cessent de dépenser et les entreprises d’investir, il ne reste que la dette publique pour soutenir l’activité). S’agissant de l’Europe de la zone euro, M.Aglietta plaide pour un effort financier important en direction de la recherche et de l’enseignement supérieur, secteur où nous aurions pris beaucoup de retard par rapport au Japon et aux Etats-Unis. A cet égard, l’absence d’un véritable gouvernement économique européen et d’une approche budgétaire commune au sein de la zone euro constitueraient un handicap supplémentaire susceptible d’affaiblir l’efficacité des politiques de relance nationales.

Plus fondamentalement, l’auteur considère que cette crise d’une ampleur exceptionnelle marque la fin d’un modèle de croissance fondé sur la montée de l’endettement et sur « la recherche de rendements pour les actionnaires incompatibles avec la rentabilité économique du capital ». Soit un régime de croissance redonnant aux salaires la part qu’ils ont perdue dans la répartition de la valeur ajoutée.

On l’aura compris, à travers ce qui précède, l’ouvrage de M.Aglietta est un vibrant plaidoyer en faveur de nouvelles formes de régulation, non pour remettre en question le fonctionnement du système capitaliste, mais pour lui donner des règles susceptibles de prévenir ses excès ou d’atténuer les effets délétères de ceux-ci. Ni la titrisation, ni la globalisation des marchés financiers, ni l’existence des places « offshore » ne sont remises en cause. Difficile, dans ces conditions, de s’y retrouver pleinement.

Alain Coulombel

[1] La crise, M.Aglietta, Editions Michalon

[2] Rappelons que la dépression représente la phase du cycle économique caractérisée par une contraction cumulative de l’activité : baisse du volume de la demande, de la production, des revenus réels et montée du chômage. A la différence de la récession, la dépression est un phénomène pouvant durer plusieurs années.

 

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