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Notes de lecture
 
Pour une nouvelle critique de l’économie politique
En quoi le dernier essai de B. Stiegler [1] peut-il intéresser les partisans d’une écologie « radicale » ? D’abord, parce que dans la continuité de ses recherches antérieures, B. Stiegler considère que la crise actuelle marque, non seulement l’effondrement du système financier hérité des années 80, mais plus fondamentalement l’épuisement du modèle consumériste, c’est-à-dire d’un modèle fondé sur l’exploitation de l’énergie libidinale du prolétaire comme consommateur prolétarisé. Parce que la prolétarisation définit l’expropriation du temps des hommes, au niveau de la sphère productive comme de l’univers de la consommation, Stiegler considère le productivisme et le consumérisme comme les deux facettes d’une même réalité. Ainsi à la prolétarisation du système musculaire (la bien nommée « force de travail ») s’ajouterait, de nos jours, l’exploitation du système nerveux, via les technologies cognitives et affectives – ces dernières consistant à réduire tout savoir (savoir-faire et savoir-vivre) à leur dimension calculable ou évaluable sur le marché. A partir d’un retour à Marx et à Freud [2], l’auteur appelle à jeter les bases d’une nouvelle critique de l’économie politique qui s’appuierait sur une redéfinition de la valeur « travail », sur la question de la consommation dans son rapport essentiel au désir et à son économie, sur l’extension du concept de prolétariat…et des enjeux, enfin, « d’un devenir-mafia du capitalisme ». S’interrogeant sur le mutisme actuel de la philosophie au regard des questions soulevées par le fonctionnement de l’économie contemporaine (« comme si un interdit pesait sur la parole philosophique en économie »), B. Stiegler esquisse, à l’aune de la crise actuelle du capitalisme devenu planétaire, plusieurs pistes fécondes permettant, non de sortir de l’économie, mais de concevoir une autre économie (non consumériste) et un autre modèle industriel. Quelles pourraient être les bases d’un modèle industriel non consumériste et « porté par une politique publique mondialement concertée » ? Sont alors évoqués, pèle mêle, plus que développés : l’impôt négatif, l’économie de la contribution ou l’éthique hacker… Un essai utile par les temps qui courent où l’invocation, quasi générale, à un New Deal Green ne saurait remplacer une nouvelle critique de l’économie politique et du modèle industriel consumériste.
Alain Coulombel

[1] B. Stiegler, Pour une critique de l’économie politique, Galilée

[2] voir à cet égard le dernier ouvrage de B. Marris et G. Dostaler – Capitalisme et pulsion de mort - qui proposent, quant à eux, une lecture de la crise actuelle du capitalisme à travers le prisme de Freud et de Keynes.

 

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